GERMAINE TOURNIER

Lorsqu’elle signe, en septembre 1996, l’acte notarié créant la Fondation Johnny Aubert-Tournier - Maisons Mainou, Germaine Tournier a derrière elle une belle carrière de musicienne et de comédienne.

 

FORMATION

Née le 12 mars 1905 à Genève, Germaine Tournier est issue d’une famille huguenote établie tant au Sud de la France qu’en région genevoise. Élève du violoncelliste Benito Brandia, elle obtient le diplôme de capacité, et joue en quatuor. En 1926, elle épouse le pianiste Johnny Aubert. Dès l’année suivante et jusqu’en 1933, elle devient première violoncelliste remplaçante à l’Orchestre de la Suisse Romande. Elle obtient en 1934 le certificat d’art dramatique au Conservatoire de Genève dans la classe de Carmen d’Assilva et fait ses débuts au Théâtre du Parc et au Studio d’art dramatique, passant définitivement de la musique au théâtre.

 

DÉBUTS

À la Comédie de Genève ensuite, Ernest Fournier l'engage dans la troupe de 1934 à 1936 ; sous sa direction elle interprète Panope, la suivante de Phèdre de Racine (1934) et Élise, la fille d’Harpagon dans L’Avare de Molière (1935) entre autres. Elle est aussi Gertrude dans Tell de René Morax au Théâtre du Jorat (1935) puis au Théâtre Municipal de Lausanne, elle joue dans L’Esprit du Mal de René Morax (1936). Ayant racheté le domaine familial de Vandœuvres, elle va le conserver avec l’aide de son mari (qui la surnomme Mainou), malgré leurs maigres revenus d’artistes qui poursuivent l’un et l’autre leur carrière.

 

EXPÉRIENCES MARQUANTES

Germaine Tournier collabore principalement de 1937 jusqu’à la seconde guerre mondiale avec un jeune élève de Charles Dullin, le metteur en scène français Pierre Valde. Avec lui, elle mène les activités genevoises du Théâtre du Temps qui réalise une demi-douzaine de pièces, jouant en création Vincente dans Le Fou d’Hérens de Louisa Kunz-Aubert à Vandœuvres et à Genève et Ruwa dans Moloch de César von Arx à la Comédie de Genève; elle est aussi, notamment, Marceline dans Jean de la lune Marcel Achard. À travers cette aventure de deux ans, elle est initiée aux exigences des rénovateurs théâtraux du Cartel. Elle travaille aussi en 1939 avec Ludmilla Pitoëff, tenant le rôle de Lechy Elbernon dans L’Échange de Paul Claudel réalisé sous la conduite du jeune François Simon au Grand Théâtre de Genève.

Leopold Lindtberg l’engage dans deux films antinazis sur la question de l’accueil des réfugiés en Suisse pendant la guerre : Marie-Louise (1944) et La Dernière Chance (1945). En 1945 et 1946, elle est Mme Webb dans Notre petite ville de Thornton Wilder que réalise Claude Maritz, à la Salle communale de Plainpalais puis à Paris, au Théâtre du Vieux-Colombier et au Théâtre Gramont.

 

SPECTACLES DE LA MATURITÉ

Au sortir de la guerre, elle met en scène plusieurs grandes réalisations de plein air, dont Jean Turbineur au Parc des Bastions en 1948. À la Comédie de Genève, elle tient dès 1953 pour Maurice Jacquelin des rôles de mondaines perfides telles Mme Lefèvre dans La Reine blanche de Barillet et Grédy (1957) ou Lady Harriet Gordon dans Quatuor de Noël Coward (1956). Au Théâtre de Poche, elle joue sous la direction de Fabienne Faby de 1956 à 1960 et met en scène Rue des anges de Patrick Hamilton, où elle interprète Élisabeth (1958). Au Nouveau Théâtre de Poche, elle est ensuite pour Serge Nicoloff, la vieille maman dans L’Azote d’Obaldia (1963), la mère de Bélise dans Amour de Don Perlimplin avec Bélise en son jardin de García Lorca (1964) et la vieille fille dans La Grande Rage de Philippe Hotz de Max Frisch (1962). Sous la direction de Richard Vachoux, elle reprend là le rôle d’Hermia, mère de Coelio dans Les Caprices de Marianne de Musset (1965), qu’elle avait tenu à la Comédie pour André Talmès (1960); elle est aussi Léonide Mangebois dans Intermezzo de Giraudoux (1967) qu’elle reprend à la Comédie pour Jean Bruno (1976). Au Théâtre de Carouge, elle crée en français pour Philippe Mentha le rôle de la mère dans Biographie de Max Frisch (1968).

 

FIN DE CARRIÈRE

Pour Gérald Chevrolet, elle remonte sur scène et joue notamment ses textes Hôtel blanc (1983), Le Voyage (1986), puis le monologue Vieille immobile (1988). Elle crée le rôle de la Mémoire dans L’Aimant ou Voyage avec la lymphe de Philippe Morand au Théâtre Saint-Gervais (1985). Au Nouveau Théâtre de Poche, Martine Paschoud lui confie le personnage de la vieille femme dans Cassandre de Christa Wolf (1987), puis elle est la servante Margret dans Le Pélican de d'August Strindberg mis en scène par Dominique Pitoiset (1988). Elle tourne aussi dans deux films réalisés par Michel Rodde, Les Ailes du papillon (1983) et Le Voyage de Noémie (1986). Elle a très longtemps enseigné le théâtre, d’abord au Conservatoire populaire de Genève de 1937 à 1980, puis à l’École-Club Migros et au Cycle d’orientation et elle a aussi donné des cours privés. Deux ans à peine après avoir ouvert sa Fondation et ses Maisons Mainou de Vandœuvres consacrées à l’écriture musicale et scénique, ainsi qu’à la conservation de la mémoire du théâtre en Suisse romande, elle s’éteint là, paisiblement, le 20 novembre 1998.

 

 

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